La laïcité a beaucoup de difficulté à s'imposer en Europe tant les religions ont un poids sur la vie économique et politique des pays membres. La construction européenne s'est d'ailleurs essentiellement faite sur des bases économiques, marginalement politiques, au détriment du culturel : n'est-ce pas un des pères de l'Europe, Jean Monnet, qui a déclaré "Si c'était à refaire, je commencerais par le culturel".

Le mot "laïcité" est difficile à traduire dans d'autres langues du fait des différences culturelles et linguistiques qui rendent la perception des concepts aléatoires, et il reste assez souvent mal compris car plutôt assimilé à un courant de pensée philosophique ou également confondu avec un sectarisme antireligieux.

La laïcité française est le fruit de trois grandes ruptures historiques : d'abord l'avènement de la Révolution de 1789, puis celle de la séparation des Eglises et de l'école, et ensuite celle des Eglises et de l'Etat. 

La laïcité en France est avant tout une construction juridique à valeur constitutionnelle car elle relève du droit public et non de l'intimité des consciences. Elle est définie par la loi du 9 décembre 1905 qui ordonne que la République :

  • Assure la liberté de conscience ;
  • Garantit le libre exercice des cultes dans l'intérêt de l'ordre public ;
  • Ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

La laïcité française repose donc sur la non-reconnaissance publique des cultes et c'est sur ce point, y compris dans ses conséquences financières, que convergent les attaquent contre elle, dont l'article I-52 du Traité constitutionnel européen.

Les Républicains français n'ont eu de cesse de penser que les principes de la laïcité était Universels et ne pouvait se réduire à la France, la première étape de sa construction étant l'Europe.

Pourtant, l'avenir européen devrait amener naturellement la laïcité comme étant la réponse aux problèmes de société et la recherche d'un équilibre. Elle est une notion reposant sur des principes humanistes et elle est garante de la paix civile.

Mais beaucoup d'états européens restent dans un régime concordataire, ce statut étant d'ailleurs encore en vigueur sur les territoires français d'Alsace-Moselle, de la Guyane et des TOM.

Seuls trois pays sur vingt-sept ont inscrit une certaine forme de laïcité dans leur constitution : la France, le Belgique et le Portugal.

La France est dans ce domaine le pays qui est allé le plus loin, inscrivant même le principe de laïcité dans sa constitution, ce qui revient à clairement établir une séparation nette entre la Chose Publique et ce qui relève de la sphère privée, des croyances.

Les autres, s'ils reconnaissent la liberté de conscience, accordent tous une place à la religion dans leurs institutions publiques. Prenons quelques exemples :

En Allemagne, le préambule de la constitution fait référence à Dieu et l'Etat récolte des impôts ecclésiastiques en même temps que les impôts sur le revenu.

La constitution grecque s'ouvre sur l'invocation de la "Trinité sainte, consubstantielle et indivisible" et l'église orthodoxe est un département du Ministère de l'Education nationale.

En Irlande, la Constitution évoque également la "Très Sainte Trinité" et le "Divin Seigneur Jésus-Christ".

Au Royaume-Uni, l'église d'Angleterre dispose d'une représentation au Parlement constitué de 26 ecclésiastiques membres de la Chambre des Lords.

En Espagne, bien que la constitution affirme le principe de la séparation de l'église et de l'Etat, l'église bénéficie de financement public et détient le monopole des aumôneries dans les casernes et hôpitaux.

On notera également, dans la plupart de ces pays, la domination absolue de l'église qui dirige très majoritairement les établissements scolaires.

Enfin, précisons que l'Espagne, l'Italie et l'Autriche sont des pays concordataires.

Le Conseil de l'Europe encourage quant à lui ses Etats membres à refuser le relativisme culturel et rappelle la primauté de la séparation des Eglises et de l'Etat et des droits de l'homme. Il les incite notamment à veiller à ce que la liberté de religion ne soit pas acceptée comme un prétexte à la justification des violations des droits des femmes et condamne toute coutume ou politique, fondée sur ou attribuée à la religion, qui irait à son encontre, citant les mariages forcés, les mutilations génitales, les oppositions au divorce ou à l'avortement, l'imposition de code vestimentaire aux mineurs.

Loin d'aller vers une approche commune, quand il est question d'avancer vers une harmonisation de la constitution, l'identité chrétienne de l'Europe est rappelée comme en en étant carrément le fondement. Et lorsqu'un consensus se dégage, il va dans le sens d'un héritage religieux de l'Europe donc les citoyens européens ne voient pas la laïcité triompher.

La laïcité doit encourager l'organisation de toute société humaine et se positionner comme la condition même de la vie sociale libérée des contraintes politiques cléricales.

Il faudrait donc promouvoir les valeurs de la laïcité française qui pourrait servir de référence à la communauté européenne. Toutefois, il semblerait qu'en France la notion de laïcité "positive" aille dans le sens d'un affadissement de la laïcité à la française susceptible de recueillir l'adhésion d'un plus grand nombre d'état mais pas dans le sens des lumières.

Un des grands axes à proposer serait de travailler sur une construction politique commune de la notion de la laïcité et des valeurs de la maçonnerie permettant de garantir la paix, la stabilité, le progrès social et l'équité en Europe, et de lutter contre la montée du communautarisme pour le respect de la liberté de conscience et de la tolérance (liberté, égalité, fraternité).

Toutefois, avant de chercher à exporter, à partager pour le meilleur nos valeurs républicaines et maçonniques, il serait souhaitable de mettre à niveau les économies de chaque état pour aller vers un meilleur équilibre.

Il y a la maçonnerie fraternelle qui se pratique sur le terrain, et il ya des luttes d'influences qui doivent permettre de travailler ensemble pour faire progresser l'humanité. A l'intérieur de nos loges, nous devons favoriser la formation des frères sur les bienfaits de la citoyenneté européenne par une prise de conscience individuelle et collective. Donner les moyens à l'homme d'assumer la liberté est un processus irréversible.

En conclusion; la construction européenne devrait s'accompagner d'une approche commune de la laïcité mais qui est loin d'être acceptée unanimement par les Etats. C'est ainsi que nous Francs-Maçons, nous devons promouvoir nos valeurs telles qu'inscrites à l'article 2 de la constitution du GODF qui stipule :

"La Franc-maçonnerie a pour devoir d'étendre à tous les membres de l'humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons sur toute la surface du globe. Elle recommande à ses adeptes la propagande par l'exemple, la parole et les écrits, sous réserve de l'observation du secret maçonnique".

Il convient de ne pas perdre de vue que la maçonnerie, institution adogmatique qui place l'humain au centre, a pour but de rassembler dans la bienveillance, la tolérance, le respect des autres et de soi-même, et la liberté absolue de conscience.

Elle cherche à rassembler ce qui est épars dans le respect des différences liées à l'histoire y compris européenne ou à la manière de travailler des obédiences, ce qui relève aussi de la laïcité comprise cette fois ci comme indissociable d'une authentique démocratie.

Sachant que tous les maçons sont d'abord des hommes égaux et libres dans leurs loges mais dans le cadre de la progression initiatique; elle vise à garantir cette Fraternité Universelle qui nous guidera sur le chemin de la Laïcité.