Voyage à travers le siècle :
Tribulations d’une Loge du GODF en Angleterre

Bienvenue à Hiram qui fête ses 110ans.

Je vais de manière succinte vous faire voyager dans plus d’un siècle de tribulations maçonniques et permettez moi en préambule de saluer nos Frères Raymond, Michel, et Eric qui, par des travaux antérieurs et archivés par nos soins ont participé de manière indirecte à l’élaboration de cette présentation.

La création d’une Loge est avant tout une aventure humaine.

Lorsqu’en 1899 une poignée de Frères appuyés par nos Frères de Boulogne sur Mer décident de fonder une Loge sous les Auspices du Grand Orient de France, ils se préparaient à nous léguer leur histoire mais aussi à inscrire dans le marbre la présence d’une autre Maçonnerie dans ce pays devenu franchement hostile à nos idéaux.

Leurs héritiers, issus des Philadelphes pour certains, anciens communards, exilés portaient en eux les germes et l’esprit des grandes luttes sociales. Quelques années plus tôt une Loge du Pays de Galles la Loge Tawe à l’Orient de Swansea s’était créée après que certains Maçons ne pouvaient plus supporter les brimades qui leur étaient infligées au sein de leur Loge et demandaient leur rattachement au GODF. Tout comme la Loge Harmony qui travailla pendant plus de 30 ans. Hélas nous n’avons aucun document sur les raisons qui ont fait que ces deux loges se sont éteintes.

Il a eu aussi depuis longtemps des Loges dites de circonstance. Conséquence des guerres Napoléoniennes, des Loges de prisonniers s’étaient constituées sur tout le territoire britannique, entre les années 1810 et 1820. Selon certaines informations Britanniques on aurait compté près de 50 Loges. Pour les plus connues, Des Cœurs Réunis Orient de Wantage. A Alresford, d’autres prisonniers probablement au White Swan, on créé une loge sous le nom De Mars et Neptune Certaines archives ont fait même preuve de présence de Macon Français a des agapes dans la région de Winchester dans le Hampshire puis dans le nord de l’Angleterre et en Ecosse où cette présence a été fortement ressentie notamment à Kelso et Biggar dans la région de Tinto Hill. En effet, une loge sous le nom distinctif des « Enfants de Napoléon » du GODF s’y est régulièrement réunie entre 1812 et 1816. La patente se trouve à Strasbourg sans doute lieu de repli des prisonniers, une fois libérés.

A cette période de fin 19ème en Grande Bretagne, quelques grandes figures de la pensée libérale s’étaient engagées pour combattre une société Victorienne ultra conservatrice, où ne pas croire en Dieu devenait quelque chose d’impensable.
Sur les traces de Richard Carlile et de Thomas Paine, Charles Bradlaugh né en 1833 va très vite se distinguer et devenir un personnage emblématique de la vie sociale et politique de cette fin de siècle.

En 1849, à 16ans Bradlaugh quitte la maison familiale car il ne supporte plus cet enfermement religieux. L’année suivant il s’engage dans le régiment du 7ème Dragon, Puis il se rend compte très vite que l’armée ce n’est pas vraiment sa tasse de thé, et obtient de se faire libérer en 1853 pour ensuite trouver un emploi d’assistant dans un cabinet d’avocats. Bradlaugh allait devenir un Républicain averti et un libre penseur puis en 1860 il rejoint Joseph Barker pour établir le journal radical The National Reformer.

Bradlaugh a écrit une série de pamphlets sur la politique et la religion et des le début des années 1860 il était reconnu comme un libre penseur en Grande Bretagne. En 1866 il participe à la fondation de la Secular Society, organisation opposée au dogme du christianisme Bradlaugh y rencontre Annie Besant et ils deviennent très amis. Annie Besant va écrire de nombreux articles pour le National Reformer notamment sur les droits des femmes.

Charles Bradlaugh était aussi franc-maçon mais il n’aimait guère cette Maçonnerie dite officielle, trop conservatrice et qui imposait la croyance en Dieu alors que lui se disait athée, par contre il avait une très grande sympathie pour la Maçonnerie Française, Il fréquentait d’ailleurs assidûment la Respectable Loge des Philadelphes. Les Maçons Français de Londres se sont rapidement retrouvé en 1877 en état d’excommunication au regard de la Grande Loge certainement à cause de ses positions politiques, mais aussi de son détachement du principe d’obligation de croire en être suprême et de prôner la stricte liberté de conscience en ses lieux et place.
En 1877 Charles Bradlaugh et Annie Besant publient The Fruits of Philosophy, un ouvrage qui traite pour l’essentiel de contraception. Besant et Bradlaugh sont accusés de publier un texte pouvant entraîner dépravation et certains esprits vers des pratiques immorales. Condamnés à six mois de prison le jugement fut annulé en appel pour vice de forme.
C’est en France qu’Annie Besant s’intéressa à la Franc-Maçonnerie.
La Franc-Maçonnerie s’y était développée dans un mouvement progressiste, soutenant des principes républicains, initiant une campagne anti-raciste et participant au progrès social en marche.
Elle sera initiée au Droit Humain et reviendra très vite établir sa fédération du Droit Humain en Grande Bretagne.

Un des mystères de la Franc-Maçonnerie c’est en effet de savoir pourquoi les Loges Anglo-Saxones sont devenues des clubs loyalistes dirigés par des Aristocrates alors qu’en France Espagne ou Italie, les Loges étaient lieu de débat, flirtant avec des idéaux politiques pour le moins très libéraux.
Charles Bradlaugh sera élu à la chambre des communes en 1880 mais le Speaker lui refusant de droit d’affirmer sur l’honneur plutôt que prêter serment sur la bible, Il sera exclu du Parlement.
Bradlaugh décide de lancer une campagne en faveur des athées pour que ces derniers puissent siéger au parlement. Il gagnait le support de certains non-conformistes, mais dût faire face à un barrage du parti conservateur et des Eglises anglicanes et catholiques. Lorsqu’il tenta de prendre son siège au Parlement en Juin 1880 il est immédiatement arrêté par le Sergent en Armes et emprisonné à la Tour de Londres. Le Leader du Parti Conservateur Benjamin Disraeli mit en garde l’establishment que Bradlaugh pourrait devenir un martyr et fut donc libéré.
Le 26 Avril 1881 Charles Bradlaugh se voit encore refuser la permission d’affirmer sur l’honneur, William Gladstone a promis de modifier la législation pour permettre à Bradlaugh de siéger au Parlement mais cela prendra du temps, mais il ne veut plus attendre et le 2 Août refait une tentative de reprendre sa place au sein du parlement et il est sans ménagement reconduit en dehors du Parlement. Il organise avec ses supporters une pétition nationale et le 7 Février 1882 il présente une liste de 241.970 signatures demandant qu’il puisse enfin occuper son siège, Il n’en fut rien, alors qu’il tentait de prêter son obligation de Parlementaire il fut une fois de plus expulsé du parlement.
Les autorités ont bien tenté de bloquer les activités de Bradlaugh et des autres libres penseurs. Les Pamphlets sur la religion étaient régulièrement saisis par les services postaux et à plusieurs reprises ils étaient interdits de réunions dans des lieux publics. En 1882 le personnel du journal The Free Thinker a été poursuivi pour blasphèmes ; deux d’entre eux ont été condamnés et envoyés en prison.
Un projet de Loi présenté par Gladstone pouvant permettre à tout parlementaire d’affirmer sur l’honneur fut débattu en avril 1883 ; c’était sans compter sur l’archevêque de Canterbury et sur le chef de l’Eglise catholique le Cardinal Manning qui opposent le droit aux athées de devenir membre du Parlement, lors du vote en mai 1883 le projet de loi fut rejeté.
En 1884 Bradlaugh fut réélu pour représenter Northampton aux communes. Il y prit son siège et vota trois fois avant d’être à nouveau exclu, puis passible d’une amende pour vote illégal.
Ce ne sera qu’en Janvier 1886 que Bradlaugh pourra enfin jouir de ses droits de Parlementaire, car en effet le Nouveau Speaker, usa de son autorité, pour permettre à Charles Bradlaugh de pouvoir enfin siéger au Parlement sans être inquiété.
Il aura supporté une loi en faveur de la redistribution des terres en Irlande. Il a continué à militer pour un état Républicain, et était un farouche opposant des pensions versées à la Famille Royale, à la politique colonialiste de la Grande Bretagne, et aux interventions militaires en Afrique du Sud, au Soudan en Egypte et en Afghanistan. Il mourut le 30 Janvier 1891
On peut constater avec quel acharnement l’establishment a pu s’élever contre la singularité de Charles Bradlaugh et dans quel climat social et politique se trouvait la Grande-Bretagne.

1899

1899 annonçait 1900, le début de ce siècle qui devait voir triompher les techniques modernes, la paix et le bonheur pour tous. Dans cette Angleterre de fin de siècle, la reine Victoria dominait un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. La reine, qui régnait depuis 62 ans. Le 18 février, Emile Loubet fut élu président de la république par le congrès des parlements, réunis à Versailles. La Commune de Paris datait, déjà, de 18 ans. Les canons de Montmartre et de Belleville étaient rouillés…

Le ministre de l’instruction publique, Jules Ferry, avait proclamé les grands idéaux de l’enseignement laïque. L’église catholique appelait à la guerre contre l’école sans dieu. Le Pape Léon XIII venait tout juste de reconnaître la République Française.

A Montparnasse, Modigliani peignait, dans sa petite chambre de l’hôtel Istria, rue Campagnes Premières.

En Angleterre, les syndicats réclamaient la journée de huit heures. Il était courant de voir des enfants de treize ans s’abîmer la santé au fond de la mine. Dans les corons du Nord, comme dans les cités similaires d’Ecosse, on défilait pour le 1er mai, et ce malgré la répression policière.
Depuis 1898, en France était instaurée l’assurance vieillesse, ainsi que l’indemnisation des accidents du travail. A Paris, les anarchistes tiraient sur les patrons. Ravachol jetait une bombe en pleine Chambre des députés. Les classes moyennes et les gens aisés faisaient leurs achats dans les grands magasins.

En 1899, les empereurs dominaient l’Autriche et l’Allemagne. Il y avait des rois en Espagne, au Portugal et en Italie. Il faudra la guerre de 14 pour foudroyer ces aigles d’acier. La France voulait en découdre avec le monde germanique car la défaite de 1870 restait en travers de toutes les gorges. Ouvriers et dirigeants s’entendaient sur ce point. Le second procès du capitaine Dreyfus, que l’on avait ramené de Guyane, avait eu lieu. Loubet avait gracié Dreyfus…

Déroulède, ardent défenseur du patriotisme cocardier était en fuite à la suite de sa tentative de coup d’état ratée. Charles Maurras publiait « Trois Idées Politiques » et Courteline « Le Commissaire est Bon Enfant »

Les naissances sont nombreuses. On naît deux fois plus en Europe qu’en Afrique. Un habitant sur quatre de la planète vit en Europe. Les Français, comme les Anglais, confiants, jouent beaucoup à la bourse ; les actions flambent. Les emprunts russes se vendent comme des petits pains. Les réseaux bancaires sont denses ; des succursales sont ouvertes partout en France. C’est l’époque des maîtres de forges. L’aristocratie s’efface devant la nouvelle bourgeoisie.

La presse connaît son heure de gloire. A la une du Petit Journal, les Français peuvent voir dessinés les grands faits divers du moment.

Malgré tout ça, les tensions étaient vives entres les états. Les concurrences coloniales brouillaient les cartes. Plus tard, en 1904, les deux pays signeront le traité de L’Entente Cordiale…

Voila donc dans quelle atmosphère nos Frères fondateurs entreprennent de sortir de la clandestinité de Loges Sauvage pour certains et allument les feux de cette Loge et continueront de veiller pendant les deux guerres qui ont déchiré l’Europe.

1900 frappait à la porte du temps. Hiram, en octobre 1899, ouvrait ses travaux au temple du Café Royal.
Dans son discours d’installation le Vénérable Maître Autran s’exprimait ainsi :

Etant Franc-Maçon, respectueux et fidèles à notre serment, nous ne pouvons pas être initiés, ni même être admis dans une Loge appartenant à un autre pouvoir Maçonnique, tel que la Loge Anglaise, à cause d’une différence qui malheureusement, depuis plusieurs années a divisé la Grande Loge d’Angleterre et le Grand Orient de France. Ce différent entre les deux pouvoirs Maçonniques est regrettable. La Franc-maçonnerie, travaillant comme elle le fait, pour le bien de l’humanité, une entende cordiale entre les loges de France et d’Angleterre est une chose à désirer pour les deux pouvoirs intéressés, d’autant plus qu’ils appartiennent aux deux nations les plus libérales.
Je n’ai pas l’intention de discuter ici les causes ou raisons de ce différent mais, comme Franc-Maçon, nous désirons apporter notre part à la cause humaine et nous pensons qu’il est de notre devoir d’ouvrir ici une Loge sous les auspices du pouvoir auquel nous avons fait prêter notre serment.

Forts de cet héritage, nos fondateurs avaient de solides raisons de croire que nos principes de laïcité et de liberté de conscience sauraient prévaloir. Ces amants du Café Royal pour reprendre une belle formule de notre Grand Maître, n’avaient crainte d’embrasser Marianne tout en vouant de la tendresse à leurs hôtes britanniques reprenant à leur compte le leg Philosophique de Bradlaugh qui avait ouvert une brèche dans la trop conformiste Société Victorienne.

Quelques années plus tard l’accès du café Royal leur fut interdit. Les loges anglaises qui s’y réunissaient ont adressé une pétition au Café Royal intimant la direction de ne plus nous accueillir car si tel était le cas ces mêmes Loges cesseraient d’utiliser les Temples du Café Royal. Pour certains d’entre eux allait commencer un nouvel Exil. Un Frère Hôtelier accueillera la Loge dans une arrière salle pendant quelques années.

Nos archives n’ont pas pu hélas retracer toutes les pérégrinations de nos aînés ou pour le moins ne font pas toujours état des difficultés rencontrées pour trouver des locaux susceptibles de les accueillir.

Le regard peu fraternel porté par les Frères Britanniques à l’égard de nos Frères n’engageait guère ces derniers à espérer de miracles dans des relations qui resteront pour le moins inexistantes pendant de trop nombreuses années et si contact il pouvait y avoir ceux-ci se limitaient à des civilités d’ordre profane.

Un Frère aura marqué le demi siècle : il s’agit de Maurice Paillard.

Maurice PAILLARD, fils de coiffeur, se dirigera tout naturellement vers ce métier qu’il choisit d’exercer en Grande Bretagne dès l’âge de 18 ans lors d’une visite en Septembre 1895. C’est en 1900 qu’il s’y installe où, jusqu’en 1913, outre la coiffure, il suivra les cours du soir pour y apprendre la langue, la comptabilité, le commerce, la correspondance commerciale et les lois relatives aux sociétés anonymes...
Vice Président de la “Société du Progrès de la Coiffure”, il a, pendant neuf ans tant par la parole que par l’exemple su enseigner et faire reconnaître les grandes valeurs de la Coiffure Française.
En 1915 il est mobilisé et sera affecté à l’hôpital de Combreux où il assurera les fonctions de dépensier, service et écritures comptables et secrétaire du médecin chef jusqu’en Mai 1916. Devenu interprète, il est affecté à l’Etat Major Britannique jusqu’en Mai 1917. Il sera affecté au Haut Commissariat Français en Grande Bretagne jusqu’en Février 1919, date de sa démobilisation.
En 1922 Maurice Paillard se mit en rapport avec la “British League of Help” et fut l’instigateur de l’adoption du village de Lagnicourt (Pas-de-Calais) à qui, une somme de £500 fut envoyée pour aider à la reconstruction des écoles de ce village.
D’autres actions avec”la British League of Help” suivirent, toutes à l’initiative du bon monsieur Paillard. En 1926 il présidera le Comité Spécial pour le Relèvement du Franc.
Son parcours Maçonnique sera identique. Initié le 19 Septembre 1921, Maurice Paillard fera preuve de la même volonté et il sera bientôt trésorier, poste qu’il occupera de 1924 à 1927. A cette date il deviendra Vénérable pendant douze ans sans rémission et en régnant sur le petit monde la coiffure dont un bon nombre étaient également Maçons. Cela ne va pas sans heurts et on lui intente des procès d’intention. Maurice Paillard n’en reste pas là, et son parcours continue au Conseil de l’Ordre puis dans les Hauts Grades dont il atteindra le sommet. Fort de ses longues années passées à côtoyer la Maçonnerie Anglo-Saxonne, il laissera derrière lui six ouvrages dont le plus connu est sans doute Les Trois Franc-Maçonneries (Opérative-Spéculative-Dogmatique) publié en 1951.

Il passera à l’Orient Eternel en 1957 et avec lui disparaîtra sans doute de nombreuses et précieuses archives. (Il y a quelques années une dame s’était fait connaître à travers les services du consulat comme ayant été la secrétaire de Maurice Paillard. Hélas, elle devait succomber avant même que l’on puisse la rencontrer. Et plus récemment encore un de ces marchands avait contacté Pierre Mollier arguant qu’il avait reçu des documents originaux ayant pu appartenir à Maurice Paillard. Une inspection de ces documents en compagnie de notre F∴Raymond a révélé qu’ils étaient sans grand intérêt)

Pour célébrer ses 40 ans en 1939, la Loge publie un petit annuaire qui inclut le règlement intérieur de la Loge, les préceptes maçonniques et un hommage rendu à la Loge Hiram par son Excellence Henri Goiran, Ancien Consul Général de France à Londres dans son ouvrage « Les Français à Londres » Une Etude Historique de 1544 à 1933.

Je cite :

La Maçonnerie est également très dignement représentée par trois Loges : La loge Hiram, La Loge la France, La Loge l’Entente Cordiale ; la première se rattachant au Grand Orient de France et les deux autres étant dans l’obédience de la Grande Loge d’Angleterre.
La Loge Hiram groupe des français de parfaite tenue qui ont a cœur de montrer à leurs amis Anglais que les vertus Maçonniques se concilient avec les plus hautes vertus françaises. On doit leur rendre cette justice que sous la direction de leur éminent Vénérable, M. Paillard, ils travaillent mieux faire connaître aimer et apprécier la France en Angleterre.
A cette époque la Loge comptait 60 Frères à l’état J.

C’était une période ou les gens étaient plus sédentaires, aujourd’hui on exige plus de mobilité, ce qui dans les loges peut causer des variations d’effectifs assez considérables et qui plus est ici en Grande Bretagne.
A noter que Huit de nos Frères sont éloignés de l’Orient, Houston, Mexico, Chang-Hai, Nouvelle Calédonie, Genève, Alicante, et enfin Paris.

A cette époque l’Europe tremble, des bruits de bottes se font entendre, en 1938 un rapport est publié et présenté à l’Association Maçonnique Internationale par le Frère Arthur Groussier. Ce rapport s’intéresse à la « Recherche des moyens de rapprochement entre les diverses puissances maçonniques du Monde »

Voici le discours tenu : Référence au texte…..

L’.inévitable arriva et les Maçons de France entrent dans la clandestinité, Le Gouvernement de Vichy ayant interdit la Franc-Maçonnerie.
Maurice Paillard offre au GODF un exil dont il se verrait le président. Cette idée ne sera jamais mise à exécution.
Certes mais je nous laisse imaginer de nombreux Frères visiteurs sur les colonnes.

La paix revenue, une période de notre histoire s’achevait, une page se tournait sans toutefois laisser de mémoire sur ces années douloureuses.

Nos Frères n’ont jamais perdu espoir bien que tout tend à montrer depuis de longues années que nous vivons un statut quo avec nos amis anglais.

Un Frère me disait avoir été initie à Red Lyon Square Conway hall ou ils louaient une pièce sous les combles qu’il fallait décorer pour chaque tenue.
Ensuite appelé à des responsabilités au sein de la Loge il s’était mis en Rapport avec la British Humaniste Society qui l’avait éconduit nous assimilant à la Grande Loge.

Au début des années 70 la Loge s’installe à Maida Vale dans un temple appartenant à Miss Debenhams qui était la Grande Maîtresse ad vitam de cette Loge rattachée à l’AFAM. Ils y possédaient une très belle librairie, de nombreux ouvrages provenaient de Yarker Library Cet immeuble avait la particularité d’être enregistré au titre d’association charitable ce qui à l’époque permettait de bénéficier d’une protection, à savoir que l’immeuble ne pourrait en aucun cas changer d’usage, et si un promoteur immobilier pourrait s’y intéresser il verrait très rapidement que la cause est entendue.

La loge se réunissait deux fois par mois 1er et 3ème mardi. J’y fus moi-même initié un soir de Février 1979.

Nous devions être 14 ou 15 à l’Etat J, alors je ne vous cache pas que compte tenu des absences, nous avions parfois des difficultés pour ouvrir les travaux, ce qui me faisait dire quelques années plus tard que nous travaillions au Rite Survie.

Impliqué dans la vie de la Loge dès réception de la lumière, je n’eu guère le temps de m’assoupir sur les colonnes. Il me fallut très vite prendre des responsabilités et m’engager pour ce que je croyais juste et j’allais faire partie de ce noyau dur d’amants irréductibles pour qu’Hiram ne sombre pas dans le sommeil qui trop souvent finit en coma.

En 1986 Le concierge de l’immeuble me convoque un matin pour m’annoncer que nous allons devoir évacuer les lieux, en expliquant vaguement qu’il était devenu majoritaire et qu’à terme il souhaitait libérer l’immeuble de toute présence maçonnique. La même sentence sera appliquée à nos Frères Italiens de la Loge Marco Polo que nous avions accueillis dès le début des années 80. Puis AFAM privés de nos loyers devait abdiquer et quitter les lieux.

Les quelques meubles et objets que nous avions ont été disséminés ça et là dans des Garages et Débarras en attendant des jours meilleurs. Sachez que c’est la meilleure façon de perdre son bien. A chaque déménagement des choses disparaissent.

Pendant une année, peut-être deux, nous reprîmes le chemin de Café Royal et j’ai encore en mémoire que nous transportions dans de vielles valises les décors et rituels et le soir tard souvent après minuit il fallait marcher pour retrouver nos voitures souvent garées très loin. Pour ceux qui ont vu ce merveilleux film la Traversée de Paris de Claude Autan-Lara, nous ressemblions à ces deux bougres, sauf que nous n’étions ni poursuivis par des chiens et encore moins par la Maréchaussée. C’était assez cocasse.
J’avais gardé, puis oublié dans mon grenier un crâne et deux tibias, bien emballés, la maison vendue a couple de Coréens, je reçois quelques semaines plus tard un coup de fil embarrassé de l’agent immobilier me priant de récupérer à son agence les restes d’un parent défunt. J’imagine la frayeur de ces braves gens.

Une fois encore notre présence au Café Royal devait agacer, et petit à petit on s’apercevait que la direction était beaucoup moins tolérante Il fallait vite trouver une solution.
Un ancien grand secrétaire issu de notre région, à ma demande, s’est rapproché du Droit Humain et de son Grand Maître notre Frère Grosjean, afin qu’il intercède auprès de la Fédération Britannique pour que nous puissions être hébergés. Ce fut chose faite et nous avons passé quelques tenues à Ladbroke Grove prés de Notting Hill Gate, puis le Droit Humain décide de transférer son quartier général à Surbiton.

Certes les locaux que nous occupons aujourd’hui sont très conviviaux, on s’y sent bien mais très excentré pour nombre de Frères et visiteurs.

Le prix des loyers aussi nous a contraint à ne faire qu’une seule tenue mensuelle et à cette époque compte tenu des distances, le dimanche a été retenu pour des raisons essentiellement pratiques.

Il y a dix ans cette Loge centenaire reprenait sa place sur la carte de la région en y organisant les 2ème congrès de la région 10, mais en réalité, le 1er congrès de cette nouvelle région après le découpage qui a vu cette grande région qui s’étendait de Londres à Baden Baden, divisée en deux dont Soissons fut la pomme de discorde.

En 2004, les Maîtres d’Hiram créent un Chapitre de Rite Français sous le nom distinctif de Thomas Paine.

Depuis 10 ans grâce à quelques bonnes volontés, nous avons tissé des contacts avec nos Frères Britanniques et nous commençons tout juste à bénéficier de ce climat de confiance. Ils sont plus jeunes et plus ouverts. Je crois profondément qu’ils sont sincères mais ils sont sous la coupe de vieilles barbes qui usent du droit de censure. Notre Frère Raymond a eu le privilège d’être invité à une commission de recherche et d’histoire. On pourrait dire l’équivalent de l’iderm.

Et puis enfin il est intéressant de relever l’évolution sociologique de la Loge à travers ce Siècle.

Composée pour l’essentiel de négociants et de coiffeurs, ce fut le tour du monde de l’hôtellerie et du tourisme, puis ce fut l’ère de l’enseignement, pour avoir aujourd’hui une mosaïque très diverse avec une tendance prononcée vers les marchés financiers, Londres oblige !!!

Et puis nous sommes très fiers de pouvoir dire que nous recevons tous les Frères et Soeurs visiteurs sans restriction pour autant bien sûr que la réciprocité existe quoique nous ayons parfois fermé les yeux avec des Frères britanniques.

Curieusement la composition de la Loge est un peu à l’image du monde profane, ce qui est un signe de vitalité.

De nouveaux challenges nous attendent, les chantiers sont nombreux et surtout nos Frères n’aspirent pas au repos.

Ce dimanche 11 Octobre 2009
Londres